Intermède 17
Les disputes
sur l’existence de l’âme sont éternelles. Multiples sont leurs abus rhétoriques
et leurs avatars: métempsycose, réincarnation, corrélatif objectif,
extraversion d’une introversion (et réciproquement…), site et interface… Elles s’adaptent, font flèche
de tout bois, et nulle invention ne les invalide.
Moins connues, les superstitions
personnelles, à ce sujet, abondent, tout aussi esthétiques.
On sait la
force symbolique de l’oiseau : Esprit, espoir de paix, pénis sur la main
des princesses.
Le
rouge-gorge revient chaque hiver et siffle pour attirer mon attention. Son
appétit, toujours, le pousse, et sa petitesse furtive volète alentour à l’affût
de graines et de miettes. Il devine ma présence dans la profondeur
qu’ouvrent les baies vitrées et interprète chacun de mes regards comme la
reconduction d’un accord tacite.
Malgré les variations de son
comportement (cette année il semble plus
distant, plus sauvage : Il sautille et penche la tête de côté avant de fuir
si je m’approche, pour mieux réapparaître et pour mieux repartir
- Ah,
le temps passe, hélas !),
tout confirme l’hypothèse d’un revenant unique.
Je veux bien
croire que c’est une âme, une âme à la fois prisonnière et libérée… Elle ne
peut dire son nom, dévoiler son appartenance initiale : c’est, incontournable,
la règle du jeu céleste.
Au-delà des saisons et de la faim, de la
familiarité croissante avec les villes et la maison, en un mot, de l’instinct,
dans cette agitation légère, dans la réitération de ces parcours fantasques qui
excèdent l’urgence vitale, dans ce combat subtil entre l’involontaire et les
signes d’un message diffus, se forme une aporie commune à toute théorie de
l’immortalité de l’âme.
Cet oiseau
menu témoigne de quelque chose qui le dépasse et qu’il ne peut maîtriser. L’invraisemblable
rougeur de sa gorge irradie.
Je veux bien croire aussi que c’est
ton âme qui, éparse dans l’univers, se saisit, pour un temps, de cette légèreté
aérienne pour me dire que ce n’est rien.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire