Intermède 18
C’est dans le deuxième tournant, au début de la descente,
après le plateau que les gens d’en bas appellent « la plaine » (« Les cousins de la plaine sont venus
nous voir », disait-on…) ; aux prés succèdent les châtaigniers que
l’étroite route traverse, tout en courbes, chutant vers l’étroite vallée au
méandre fameux. C’est dans le deuxième virage, donc, qu’ils apparaissent :
deux cochons, petits, deux gorets roses côte à côte, calmes et curieux, en
maraude, échappés de quelque ferme ou de quelque pâture (« Des marcassins »,
me dira-ton plus tard, « non, des cochons ! »), d’où l’incongruité (dont
ce mot lui-même témoigne) de cette rencontre.
Quelques heures plus tard, en remontant vers la plaine -
après avoir constaté les dégâts occasionnés par une nouvelle crue de la rivière
et commencé à évacuer la boue dont les dépôts émaillent la chronique familiale
- juste un peu plus bas et de l’autre côté, les deux petits cochons roses aux yeux fendus sont encore là,
serrés l’un contre l’autre, mâchonnant quelque improbable nourriture.
Ajoutons - torsion de
temps - que, juste avant la première rencontre, je m’étais arrêté et, descendu
de voiture, j’avais remarqué sur un tas de laurines récemment taillées, une
veste de travail jetée là, un bleu presque
neuf, trempé par les dernières pluies responsables de l’inondation de la vallée,
vêtement qu’après quelque hésitation, j’avais emporté et lavé, me disant que
cela pourrait toujours servir …
De cet après-midi, je ne me souviens, spontanément, que de
deux couleurs auxquelles ma vie de ce jour-là, chargée pourtant, se réduit.
intermède 1
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