« Vois-tu, si un poisson venait me trouver, moi, et me disait qu’il va partir en voyage, je lui demanderais : « Avec quel brochet ? »
N’est-ce pas : « projet », et non : « brochet » que vous voulez dire ? »
CARROLL : « Les aventures d’Alice au Pays des Merveilles » ch.10, p.152.

Les Méprises savantes ou La Méconnaissance d'autrui Intermède 9/7

 

 

 Leonardo Sciascia fait de l’invention du théâtre par quelqu’un qui semble l’ignorer, l’une des étrangetés de l’œuvre de Pirandello. Dans l’un des chapitres de Pirandello et la Sicile, intitulé Girgenti, Sicilia, il cite lui aussi le conte de Borgès :

 

« Dans l’un de ses récits fantastiques, Jorge Luis Borgès imagine le travail, l’effort de l’arabe Averroès quand, entreprenant la traduction de la Poétique d’Aristote, il rencontre les mots « tragédie » et « comédie » : « deux mots douteux l’avaient arrêté au seuil de la Poétique… personne dans l’Islam n’entrevoyait ce qu’ils voulaient dire ». Ne sachant pas ce qu’était le théâtre, Averroès ne réussissait pas à pénétrer la signification de ces deux mots : et la vie s’écoulait sous ses yeux, mêlant indistinctement ses éléments tragiques et comiques, tragédie et comédie ensemble, le grand théâtre du monde, varié et changeant. Et c’est précisément ce qu’il y a  chez Pirandello: une sorte d’invention du théâtre, comme faite par quelqu’un qui ne connaît pas la convention technique et expressive du théâtre proprement dit et qui invente, c’est-à-dire, au sens le plus propre du mot, trouve le théâtre dans la vie, dans cet impétueux flux indistinct de « tragédie » et de « comédie ». »[1]
 
 

 

 

 



[1] Leonardo Sciascia, Pirandello e la Sicilia, Girgenti, Sicilia, Adelphi, Milano, 1996, p. 23-24.
 

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