Leonardo Sciascia fait de l’invention du théâtre
par quelqu’un qui semble l’ignorer, l’une des étrangetés de l’œuvre de
Pirandello. Dans l’un des chapitres de Pirandello
et la Sicile, intitulé Girgenti,
Sicilia, il cite lui aussi le conte de Borgès :
« Dans l’un de ses récits fantastiques, Jorge Luis
Borgès imagine le travail, l’effort de l’arabe Averroès quand, entreprenant la
traduction de la Poétique d’Aristote,
il rencontre les mots « tragédie » et « comédie » :
« deux mots douteux l’avaient arrêté au seuil de la Poétique… personne dans l’Islam n’entrevoyait ce qu’ils voulaient
dire ». Ne sachant pas ce qu’était le théâtre, Averroès ne réussissait pas
à pénétrer la signification de ces deux mots : et la vie s’écoulait sous
ses yeux, mêlant indistinctement ses éléments tragiques et comiques, tragédie
et comédie ensemble, le grand théâtre du monde, varié et changeant. Et c’est
précisément ce qu’il y a chez Pirandello: une sorte d’invention du théâtre, comme faite par
quelqu’un qui ne connaît pas la convention technique et expressive du théâtre
proprement dit et qui invente,
c’est-à-dire, au sens le plus propre du mot, trouve le théâtre dans la vie, dans cet impétueux flux indistinct
de « tragédie » et de « comédie ». »[1]
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